Bien chiffrer un chantier, c'est trouver un prix que le client accepte et qui vous laisse de quoi vivre une fois les travaux terminés. Trop haut, le devis reste sans réponse. Trop bas, vous travaillez à perte sans le savoir. Entre les deux, il y a une méthode : partir de ce que vous avez vu sur place, compter ce que le chantier va vous coûter, puis passer au prix de vente. Voici cette méthode en sept étapes, avec un exemple chiffré du début à la fin.
Étape 1 : faire un relevé complet sur place
Un chiffrage juste commence par une visite sérieuse. Sur place, notez pour chaque pièce ou chaque zone :
- les dimensions utiles (surfaces, longueurs, hauteurs), ouvertures déduites ;
- l'état des supports et ce qu'il faut déposer ou reprendre ;
- l'accès au chantier : étage, ascenseur, stationnement, distance pour évacuer les déchets ;
- les attentes du client : finitions, matériaux, délais, contraintes d'occupation.
Prenez des photos de tout ce qui peut faire varier le prix. Ce qui n'est pas relevé ne sera pas chiffré, et ce qui n'est pas chiffré sera payé par vous. Pour aller plus loin, voyez notre article sur la visite technique avant devis et celui sur le métré des travaux.
Étape 2 : découper le chantier en ouvrages
Ne chiffrez jamais « une rénovation » d'un bloc. Découpez le chantier en ouvrages simples, dans l'ordre où vous allez les réaliser : dépose, préparation, pose, finitions, nettoyage. Chaque ouvrage deviendra une ligne de devis avec une unité (m², mètre linéaire, unité, forfait), une quantité et un prix.
Ce découpage a deux avantages. Il vous évite d'oublier une tâche, et il permet au client de comprendre ce qu'il paie. S'il veut retirer une partie des travaux, vous ajustez une ligne au lieu de tout refaire.
Étape 3 : calculer les quantités, pertes comprises
À partir du relevé, calculez la quantité de chaque ouvrage, puis la quantité de matériaux à acheter. Les deux ne sont pas égales : il faut ajouter les chutes, les coupes et la casse. Le pourcentage de pertes dépend du matériau, du format et de la forme de la pièce. Une pièce biscornue ou une pose en diagonale en génère davantage. Fixez votre propre pourcentage à partir de vos chantiers passés plutôt qu'à partir d'un chiffre lu ailleurs.
Étape 4 : chiffrer les matériaux
Pour chaque matériau, prenez le prix que vous payez réellement chez votre fournisseur, remises comprises, et non le prix catalogue. Ajoutez les consommables souvent oubliés : colles, vis, joints, bandes, protections, sacs à gravats. Si le chantier démarre dans plusieurs semaines, vérifiez que vos prix sont encore à jour : un tarif fournisseur de l'an dernier peut fausser tout le devis.
Étape 5 : estimer les heures de main-d'œuvre
Pour chaque ouvrage, estimez le temps nécessaire, en heures, pour vous et pour chaque personne qui interviendra. Le plus fiable est de partir de vos propres temps mesurés sur des chantiers comparables. Pensez aux heures invisibles : installation et repli du chantier, approvisionnement, nettoyage, échanges avec le client.
Multipliez ensuite ces heures par votre coût horaire de main-d'œuvre. Si vous ne le connaissez pas encore, notre guide pour calculer son taux horaire d'artisan détaille le calcul.
Étape 6 : ajouter les autres coûts du chantier
Restent les dépenses propres à ce chantier, en dehors des matériaux et de la main-d'œuvre :
- location de matériel (échafaudage, ponceuse, mini-pelle…) ;
- déplacements, selon la distance et le nombre de jours ;
- évacuation des déchets et frais de déchetterie ;
- sous-traitance, au prix du devis de votre sous-traitant.
Additionnés aux matériaux et à la main-d'œuvre, ces coûts forment le déboursé sec du chantier : ce qu'il vous coûte directement, avant vos frais généraux et votre marge. Nous lui consacrons un article entier : le déboursé sec, expliqué simplement.
Étape 7 : passer du coût au prix de vente
Le déboursé sec ne suffit pas. Votre entreprise a aussi des frais qui ne dépendent d'aucun chantier : assurance, véhicule, téléphone, comptable, logiciels, temps passé aux devis. Et vous devez dégager une marge. Pour cela, on applique au déboursé sec un coefficient de vente qui couvre ces frais généraux et la marge.
Il n'existe aucun coefficient officiel ni de marge « normale » : le vôtre se calcule à partir de vos propres frais et de vos objectifs. La méthode pour le fixer est expliquée dans notre article comment fixer le prix de ses prestations.
Exemple : chiffrer la pose d'un parquet dans un séjour
Le chantier : un séjour de 30 m² au sol, dans un logement ancien. Il faut retirer une moquette, préparer le sol, poser un parquet flottant sur sous-couche et poser des plinthes sur 26 mètres linéaires. Pour les pertes, on prend ici 10 %.
| Poste | Calcul (exemple) | Coût HT |
|---|---|---|
| Matériaux | ||
| Parquet flottant | 33 m² × 25,00 € | 825,00 € |
| Sous-couche | 33 m² × 4,00 € | 132,00 € |
| Plinthes | 29 ml × 3,00 € | 87,00 € |
| Consommables (colle, pointes, protections) | forfait | 40,00 € |
| Main-d'œuvre | ||
| Dépose de la moquette, préparation du sol, pose, plinthes, nettoyage | 22 h × 32,00 € | 704,00 € |
| Autres coûts du chantier | ||
| Déplacements | 3 jours × 20,00 € | 60,00 € |
| Évacuation des déchets | forfait | 50,00 € |
| Déboursé sec | 1 898,00 € | |
| Coefficient de vente (exemple) | × 1,45 | |
| Prix de vente HT | 2 752,10 € | |
Dans cet exemple, l'écart entre le prix de vente et le déboursé sec (854,10 €) doit couvrir la part de frais généraux de l'entreprise et la marge. Ce prix se répartit ensuite dans les lignes du devis, ouvrage par ouvrage. La TVA s'ajoute au prix HT, au taux qui correspond aux travaux et au local : notre article sur les taux de TVA des travaux détaille les cas.
Après le devis : vérifier que le chiffrage était juste
Un chiffrage n'est qu'une prévision. Pendant et après les travaux, comparez les heures réellement passées et les achats réels à ce que vous aviez prévu. C'est ainsi que vos prochains chiffrages deviennent plus précis. Notre article sur la rentabilité d'un chantier explique comment faire ce bilan.
Avec Mayna Pilot
Avec Mayna Pilot, vous faites le relevé sur votre téléphone, pièce par pièce, avec photos, notes et dictée vocale. Sur ordinateur, Pilot peut ensuite vous proposer des libellés et des quantités à partir de cette visite ; les prix restent les vôtres. Pendant le chantier, vos achats et dépenses sont rattachés au chantier, pour comparer avec ce que vous aviez prévu. Découvrez le logiciel de devis pour artisan.
Questions fréquentes
Prix de vente HT = déboursé sec × coefficient de vente. Le déboursé sec réunit matériaux, main-d'œuvre et autres coûts directs du chantier ; le coefficient couvre vos frais généraux et votre marge.
Il n'existe pas de coefficient officiel. Le vôtre dépend de vos frais généraux et de la marge que vous visez : il se calcule à partir des chiffres de votre entreprise.
Si vous facturez du temps de main-d'œuvre à un particulier, le devis doit indiquer le taux horaire TTC et la façon dont le temps est compté.
Chiffrez ce que vous avez vu, et écrivez sur le devis ce qui n'a pas pu être vérifié. Si un imprévu apparaît en cours de chantier, faites un devis complémentaire avant de le traiter : voyez notre guide des travaux supplémentaires.
Sources, consultées le 20 octobre 2026 : Devis obligatoire : activités concernées (entreprendre.service-public.gouv.fr) · Arrêté du 24 janvier 2017 (Légifrance) · Taux de TVA pour les travaux de rénovation d'un logement (entreprendre.service-public.gouv.fr)