Le loyer du dépôt, le véhicule, les assurances, le comptable, le téléphone : aucune de ces dépenses n'apparaît sur une ligne de devis, et pourtant chacune doit être payée par vos chantiers. Ce sont vos frais généraux. Un artisan qui ne les intègre pas à son prix de vente peut avoir l'impression de bien marger sur chaque chantier et finir l'année sans rien dégager. Voici comment les recenser, les chiffrer et les répartir, avec un exemple complet.
Frais généraux : de quoi parle-t-on ?
Les frais généraux sont les dépenses de fonctionnement de l'entreprise qui ne peuvent pas être rattachées à un chantier précis. Ils s'opposent aux coûts directs : les fournitures, la main-d'œuvre, la sous-traitance ou la location d'engin achetées pour un chantier donné, que l'on regroupe sous le nom de déboursé sec.
La plupart des frais généraux sont des charges fixes : vous les payez même les mois où vous facturez peu. C'est ce qui les rend dangereux. Un mois creux ne réduit ni le loyer ni l'assurance.
Une règle simple pour trier : si la dépense disparaîtrait sans ce chantier-là, c'est un coût direct ; si elle existerait de toute façon, c'est un frais général.
La liste des postes à recenser
Reprenez vos relevés bancaires et vos factures des douze derniers mois, ou votre budget prévisionnel si vous démarrez. Passez ensuite en revue ces postes :
- Local : loyer du dépôt, de l'atelier ou du bureau, charges, énergie.
- Véhicules : crédit ou location longue durée, assurance, entretien, pneus, carburant des trajets non refacturés, péages, stationnement.
- Assurances : responsabilité civile professionnelle, assurance décennale si votre activité y est soumise, multirisque du local.
- Outillage et matériel : renouvellement de l'outillage, petit matériel, équipements de protection, amortissement des machines.
- Gestion : expert-comptable, frais bancaires, logiciels, téléphone et internet, fournitures de bureau.
- Commercial : site internet, publicité, véhicules floqués, cartes de visite, salons.
- Personnel non affecté aux chantiers : secrétariat, salaires et charges des personnes qui ne travaillent pas directement sur les chantiers.
- Impôts et taxes liés à l'activité, et frais financiers (intérêts d'emprunt).
- Formation et adhésions professionnelles.
Votre propre rémunération mérite une attention à part. Si vous travaillez sur vos chantiers et que vous chiffrez vos heures avec un taux horaire, votre rémunération est déjà dans le coût direct. Si vous passez une partie de votre temps au bureau, ce temps non facturable doit être couvert quelque part : soit dans votre taux horaire, soit dans vos frais généraux, jamais dans les deux. Notre méthode pour calculer son taux horaire d'artisan traite ce point en détail.
Calculer son coefficient de frais généraux
Une fois le total annuel connu, il faut le répartir sur les chantiers. La méthode la plus répandue consiste à l'exprimer en proportion du déboursé sec que vous prévoyez de réaliser dans l'année :
Chaque chantier porte ainsi une part de frais généraux proportionnelle à sa taille. On ajoute ensuite le bénéfice visé pour obtenir le prix de vente. Si vous exprimez ce bénéfice en pourcentage du prix de vente (un taux de marque), le prix se calcule ainsi :
Le rapport entre le prix de vente et le déboursé sec donne votre coefficient de vente global. Si la différence entre taux sur le coût et taux sur le prix vous paraît floue, lisez d'abord notre article taux de marge et taux de marque.
D'autres répartitions existent : par heure de main-d'œuvre (les frais généraux sont alors ajoutés au taux horaire), ou par type de travaux quand certaines activités mobilisent beaucoup plus de matériel que d'autres. L'important est d'en choisir une et de s'y tenir.
Exemple chiffré, du bilan au devis
| Poste de frais généraux (exemple) | Montant annuel HT |
|---|---|
| Loyer et charges du dépôt | 4 800 € |
| Véhicule : location, assurance, entretien, carburant | 7 200 € |
| Assurances professionnelles | 3 600 € |
| Expert-comptable et banque | 2 400 € |
| Téléphone, internet, logiciels | 1 200 € |
| Renouvellement de l'outillage | 2 000 € |
| Publicité, site, divers | 1 800 € |
| Total des frais généraux | 23 000 € |
L'artisan prévoit 115 000 € HT de déboursé sec sur l'année (fournitures et main-d'œuvre chiffrées sur ses chantiers). Son taux de frais généraux vaut 23 000 ÷ 115 000 = 20 %.
Il chiffre maintenant un chantier dont le déboursé sec est de 6 000 € HT et vise un bénéfice de 10 % du prix de vente :
| Étape (exemple) | Calcul | Montant HT |
|---|---|---|
| Déboursé sec | 6 000,00 € | |
| Part de frais généraux | 6 000 × 20 % | 1 200,00 € |
| Coût de revient | 6 000 × 1,20 | 7 200,00 € |
| Prix de vente HT | 7 200 ÷ (1 − 0,10) | 8 000,00 € |
| Bénéfice | 8 000 − 7 200 | 800,00 € |
Son coefficient de vente global est donc de 8 000 ÷ 6 000 ≈ 1,33 : chaque euro de déboursé sec se vend environ 1,33 € HT. Pour la manière d'établir le déboursé sec ligne par ligne, voyez notre guide pour chiffrer un chantier.
Et si l'activité baisse ?
Le taux de 20 % suppose 115 000 € de déboursé sec. Si l'année n'en compte que 90 000 €, le même coefficient ne récupère que 18 000 € de frais généraux, pour 23 000 € à payer : il manque 5 000 €, pris directement sur le bénéfice. C'est pourquoi le taux se recalcule au moins une fois par an, et dès que le volume de chantiers s'écarte nettement de la prévision.
La même logique donne votre seuil de rentabilité, le chiffre d'affaires à partir duquel l'entreprise commence à dégager un bénéfice : frais fixes ÷ taux de marge sur coûts variables. Dans l'exemple, en traitant le déboursé sec comme seul coût variable (une simplification), il reste 25 % de chaque prix de vente une fois le déboursé sec payé (2 000 € sur 8 000 €). Le seuil est donc de 23 000 ÷ 0,25 = 92 000 € HT de chiffre d'affaires.
Les erreurs qui faussent le calcul
- Compter deux fois la même dépense. Le carburant d'un trajet refacturé au client ou une location d'engin pour un chantier précis vont dans le déboursé sec, pas dans les frais généraux.
- Oublier les dépenses annuelles. Assurances, renouvellement d'outillage, taxes : elles ne tombent qu'une fois par an et disparaissent d'un calcul fait sur un seul mois.
- Garder le même coefficient d'une année sur l'autre. Un nouveau local, un second véhicule ou une baisse d'activité changent tout.
- Appliquer les frais généraux aussi dans le taux horaire. Si votre taux horaire contient déjà une part de frais de structure, ne la rajoutez pas sur le total du devis.
Avec Mayna Pilot
Ce tri est bien plus simple quand les dépenses de chantier sont rangées au fil de l'eau. Avec Mayna Pilot, chaque achat ou dépense est rattaché à son chantier, et avec la formule Pro, la lecture automatique des tickets d'achat évite de les ressaisir. Le montant du chantier suit la somme des devis acceptés et les encaissements sont enregistrés : vous gardez une vue claire de ce que chaque chantier coûte et rapporte. Voyez notre guide du suivi des dépenses de chantier et les tarifs.
Questions fréquentes
Toutes les dépenses de fonctionnement qui ne se rattachent pas à un chantier précis : local, véhicules, assurances, outillage, comptable, banque, téléphone, logiciels, publicité, personnel administratif, impôts et taxes liés à l'activité, frais financiers.
La méthode la plus courante consiste à diviser les frais généraux annuels par le déboursé sec prévu sur l'année, puis à appliquer ce pourcentage au déboursé sec de chaque chantier. On peut aussi les intégrer au taux horaire.
Il n'existe pas de pourcentage de référence : il dépend de votre structure et de votre volume de chantiers. Calculez-le à partir de vos propres dépenses et recalculez-le au moins une fois par an.
Pas sous forme de ligne séparée en général : ils sont intégrés dans les prix unitaires de chaque prestation. Le client voit un prix complet, et vous savez ce qu'il couvre.
Sources, consultées le 20 octobre 2026 : Plan d'action et budget prévisionnel des frais généraux (Bpifrance Création) · Seuil de rentabilité, charges fixes et charges variables (Bpifrance Création) · Taux de marque (Bpifrance Création)